

Mon parcours artistique
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Mai 2026
Je suis née à Paris, en 1985. J’ai été initiée au dessin et à la couleur dès l’âge de deux ans, par mon voisin de pallier chez qui je courais en rentrant de l’école. Puis j’ai suivi pendant deux ans, vers mes dix/douze ans, la formation en dessin et peinture des Ateliers Martenot.
Le dessin m’a passionnée pendant toute mon adolescence, et j’eus la chance de suivre pendant une année des cours du soir (cours de modèle vivant) à l’école Boulle, qui m’ont beaucoup appris.
Après un bac général et une année de prépa à l’école Met de Penninghen, j’ai suivi le cursus de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris, en section image imprimée. J’y ai appris de nombreuses techniques, de la photographie argentique au dessin animé, en passant par le graphisme, la reliure, la sérigraphie, et d’autres encore. Mais c’est la gravure sur métal qui m’a le plus plu, et je me suis passionnée à graver des portraits.
C’est l’année de mon diplôme qu’une conversion profonde, une redécouverte de la foi de mon baptême, commença à se faire en moi. Dès lors, je désirai peindre, dessiner des motifs religieux, notamment le visage du Christ qui attira toute mon attention. J ’avançais dans mon travail sans savoir où j’allais, sans repères, sans formation suffisante en peinture... Que peindre ? Et surtout comment ? Quel style, quelle technique, quel maître ?
Je quittai alors Paris pour la campagne française, et je me lançai, sans trop réfléchir, vers ce qui m’attirait : peindre sur bois, en regardant l’œuvre des peintres qui me parlaient plus que d’autres... Van Gogh, Le Greco, Giotto, les Primitifs français, les Primitifs italiens... Je fus également frappée et touchée par l’œuvre de Mère Geneviève Gallois.





Je travaillai d’abord à l’acrylique, puis à l’huile.
J’ai beaucoup cherché, tâtonné, entre un style plus “naïf” et un style plus “réaliste”. J’ai été souvent déçue de mes résultats, sans savoir vers qui me tourner pour m’aider à avancer.








Le “réalisme” et le naturalisme me sont vite apparus comme impropres et insuffisants à l’expression de la réalité sacrée. Mais une fois cela senti, comment faire autrement quand on en est pétri ?
J’étais attirée par les icônes orientales, et cela depuis le début de ma conversion, et la Providence mit sur ma route une artiste roumaine vivant en France, Gabriela Radu, qui me permit d’approcher cet univers iconographique pour la première fois. Cette approche très “artistique” de l’iconographie fut pour moi une première étape vers l’apprentissage de cette technique, qui nécessitait dans mon cas un changement dans ma manière de travailler, dans mon rapport à l’art. Ayant un fonctionnement plutôt passionné et absolu, j’ai dû, et je dois encore, apprendre à le canaliser pour intégrer d’autres manières de faire. L’iconographie demande maîtrise de soi, patience, intériorité et une certaine distance avec le travail. Et cela ne se comprend ni ne s’acquiert pas en six mois... Il faut beaucoup de temps quand on a été formée différemment pour sentir ce qu’est, ce que doit être l’icône. C’est un cheminement que je poursuis encore aujourd’hui.
Le fait que cette artiste roumaine était aussi peintre à l’huile, et très passionnée, m’a aidé à approcher ce monde de l’icône doucement, par un biais plus naturel pour moi, car j’aimais beaucoup peindre des portraits et nous nous rejoignions également sur cela.



J’ai donc peins ma première icône avec Gabriela, suivant sa technique libre (trop libre dirais-je aujourd’hui !), très artiste. Cette souplesse, cette légèreté m’ont permis de me lancer : si j’avais été dès ce moment-là dans une école plus stricte et précise, j’aurais sûrement fui à toutes jambes...
J’ai ensuite continué sur cette lancée, enduisant moi-même mes planches de blanc de Meudon, peignant avec des pigments liés au jaune d’œuf et utilisant de la feuille de métal doré.



Un appel à la vie religieuse m’a ensuite conduite à entrer dans un monastère de Dominicaines contemplatives, où j’ai passé presque neuf années. J’ai continué à peindre, surtout les premières années, grâce à ma Supérieure qui m’a accueillie et soutenue dans mon tempérament d’artiste. J’y ai produit tout une série d’icônes, s’inspirant des icônes orientales (sans en avoir donc vraiment la technique), mais aussi de l’art italien des XIVe et XVe siècles. Je me régalais à chercher des belles matières, des transparences.





Puis arriva un moment où je me sentis coincée dans ma peinture, ne sachant plus comment avancer, sentant bien qu’elle n’était pas en place techniquement. Je me demandais toujours vers quel “style” je devais me diriger... L’icône m’échappait, je ne la comprenais pas, je ne l’avais pas vraiment apprise... La peinture italienne me lassait, me fuyait : que construire d’après des photos de peintures d’une technique que j’ignorais, sans maître pour transmettre et enseigner ? Je sentais que mon travail était flottant, souvent peu spirituel et esthétisant. Bref, je n’avais reçu aucune formation solide, et aussi je me confrontais au problème que je continue d’approfondir aujourd’hui : Quel art sacré pour notre temps ?
Ma nouvelle Supérieure fut alors, elle aussi, compréhensive, et me mit en contact avec une amie du monastère, qui avait été formée à l’iconographie selon la technique russe, et qui accepta de venir me transmettre ce qu’elle avait reçu. Danièle vint alors une dizaine de jours par an pendant cinq ans me former à cet art. J’appris bien des choses avec elle, notamment la structure du dessin iconographique et la beauté de la continuité des lignes : ce qui me marqua profondément, et sur quoi je travaille encore beaucoup aujourd’hui. Mon regard sur l’image commençait à changer. Une technique plus stable se mettait doucement en place.
Je n’ai achevé qu’une seule icône pendant toutes ces années de formation au monastère, et ce dépouillement fut une dure épreuve, moi qui aime tant quand les choses avancent et quand les problèmes se résolvent moyennant travail. Mais “on ne fait pas pousser de l’herbe en tirant dessus”, et certaines germinations sont lentes.

Je partage sur les pages de ce site mon travail depuis que j’ai quitté la vie monastique, il y a trois ans. J’ai pu continuer, auprès de religieuses, mon apprentissage de l’iconographie et j'ai également appris avec l’une d’elles la technique de la peinture affresco, en l’aidant dans la réalisation d’une fresque murale dans une église. Quelle découverte, quel coup de cœur !
La sculpture romane m’avait toujours énormément séduite et appelée, et je me disais en moi-même : c’est là qu’est notre source d’art sacré véritable, nous occidentaux. Et la découverte de la fresque (la technique mais aussi notre héritage des fresques romanes dont j’ignorais presque l’existence) m’a permis d’envisager un moyen d’expression pouvant peut-être faire revivre l’esprit de cet art, qui d’ailleurs rejoint l’esprit de l’icône et de la fresque orientales.
Aujourd’hui, je tâche alors d’avancer, un pas après l’autre, approfondissant ces lumières qui se sont faites en moi lentement et pendant toutes ces années, lumières sur la vraie beauté, sur la valeur spirituelle de l’image et sur l’ascèse nécessaire du travail artistique. Avancer en cherchant d’abord à recevoir ce que les traditions - occidentale et orientale - ont à nous offrir, réalisant que nous sommes, comme l’a bien dit Bernard de Chartres, des “nains assis sur des épaules de géants”, et que grâce à eux, nous avons la possibilité de voir plus loin. Peut-être alors un renouveau pourra-t-il jaillir, à la fois héritier et spontané, enraciné et libre ? Car est-il seulement possible de porter du fruit sans être enraciné ? Dans notre monde virtuel et évanescent, qui se veut sans héritage, sans limites ni frontières, le bonheur ne serait-il pas justement, pour reprendre cette fois les mots de l’écrivain Charles Ferdinand Ramuz, “d’être planté profond en terre, et nourri de profond, comme un arbre avec ses racines” ?
Claire Weizmann, mai 2026